Un décret publié dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, le 9 mai 2012, menace l’indispensable présence des gardiens dans les ensembles HLM, qui contribuent au maintien du lien social dans les quartiers. Ce texte, passé jusqu’ici quasi inaperçu, risque de remettre en cause ce maillage humain. Le décret controversé porte sur les nouvelles conditions posées à l’occupation de logements de fonction par les agents publics.

«Nécessité». Il précise «que seuls les personnels ayant une obligation de disponibilité totale pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité ont vocation dorénavant à bénéficier d’un logement par nécessité absolue de service». En conséquence, «les concessions de logement par utilité de service sont supprimées». Résultat ? Les 5 000 gardiens d’immeubles des offices HLM (dont la moitié a le statut de fonctionnaire) n’ont plus vocation à être logés.

Il n’est pas certain que les rédacteurs de ce décret se soient rendu compte de ses effets collatéraux sur le logement social. «Supprimer [les logements de fonction des gardiens, ndlr] revient à retirer un des derniers maillons de la chaîne de solidarité, qu’ils représentent dans bon nombre de quartiers, nier leurs missions et leur rôle fondamental pour la cohésion sociale dans les résidences où ils interviennent et où ils vivent», souligne, dans un communiqué, Stéphane Peu, adjoint au maire (PCF) de Saint-Denis et président de Plaine commune habitat, un office HLM qui détient 18 000 logements locatifs sociaux en Seine-Saint-Denis, dont 80% situés dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Même propos à l’Union sociale pour l’habitat (USH) qui fédère tous les organismes de HLM de France (4,2 millions de logements). «L’intérêt d’avoir des gardiens [dans les quartiers ndlr] est évident», commente sans réserve Marianne Louis, secrétaire générale de l’USH.

Priorité. Contacté par Libération, le cabinet de la secrétaire d’Etat chargé de la politique de la ville, Myriam El Khomri, estime que la présence des gardiens dans les quartiers est l’une priorité de son ministère. «Jusqu’ici, le cabinet n’a pas été alerté par les élus et les HLM de l’effet du décret.» Le gouvernement va donc devoir trancher. Mi-mars, Stéphane Peu a écrit à la ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, pour l’avertir de l’effet dévastateur du décret. Pas de réponse à ce jour.