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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 14:50

HLM : Linda Da Mota, gardienne du lien social

PIERRE DUQUESNE
MERCREDI, 6 MAI, 2015
L'HUMANITÉ

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Photo : Patrick Nussbaum
Photo : Patrick Nussbaum
Gardienne de la cité HLM Stalingrad à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Linda Da Mota perdra 400 euros sur son salaire, qui oscille entre 1400 et 1500 euros. Elle ne compte pourtant pas ses heures pour s’occuper de 190 familles.
 
 
Depuis quatorze ans, cette gardienne d’immeuble HLM entretient les communs mais aussi la vie collective dans sa cité de Saint-Denis. 
Elle a manifesté hier avec des centaines de collègues pour protester contre un décret qui menace leur logement de fonction.

Linda Da Mota sort une liasse de photos d’une chemise bleue. Des visages de dizaines d’hommes et de femmes, d’enfants et de personnes âgées défilent dans les mains de cette quinquagénaire, gardienne d’immeuble dans la cité Stalingrad, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Elle s’arrête sur un cliché. Une quinzaine de garçons, Nike air aux pieds, casquettes et jogging de Chelsea, posent bras dessus, bras dessous. « Ça, c’est la bande de jeunes. La bande de la cité. Notre bande à nous. »

Les mots sont bienveillants, affectueux. Elle les connaît bien, Linda, ces jeunes qui font des V de victoire. Ils la connaissent aussi, elle, pilier de la cité depuis plus de quatorze ans. « Elle les respecte, ils la respectent », comme elle dit. Enfants, ils participaient aux remises de cadeaux de Noël qu’elle organise chaque année. Tout comme aux barbecues et innombrables fêtes que Linda met sur pied. Soirée couscous, chasses aux œufs de Pâques, fête des voisins... La prochaine, c’est une brocante, le 30 mai.

Disponible 24 heures sur 24, 
sept jours sur sept

« La cité, j’y habite. J’y travaille. Mais c’est aussi chez moi. Alors, forcément, je fais en sorte que tout se passe bien, explique Linda. Quand j’ai été embauchée comme gardienne, la condition, c’était de vivre sur le site. » Mais voilà, cette proximité avec les locataires risque d’être remise en cause par un décret de 2012. Adopté en catimini entre les deux tours de l’élection présidentielle, ce texte limite la possibilité, pour les fonctionnaires, de bénéficier d’un logement de fonction. Les dégâts collatéraux sont considérables pour les 2 500 gardiens d’immeubles HLM rattachés à la fonction publique territoriale. À partir du 1er septembre, ils devront payer un loyer fixé à 50 % de la valeur locative de leur appartement. Auquel s’ajoutent les frais de chauffages, l’eau, le gaz et l’électricité. Linda a fait le calcul. Si la décision du gouvernement Fillon est appliquée, elle perdra 400 euros sur son salaire, qui oscille entre 1400 et 1500 euros.

« Avec toutes les heures que je fais, mon logement de fonction, c’est la moindre des choses », explique Linda, qui a manifesté avec des centaines de collègues, hier après-midi, place des Invalides. À Plaine Commune Habitat, les gardiens sont d’astreinte une semaine sur deux, disponibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Remédier à une coupure de courant, réparer l’ascenseur, secourir une personne malade, ils ne comptent pas leur temps pour les habitants. « La semaine passée, quand un incendie s’est déclaré dans la cité Gabriel-Péri, 15 gardiens ont pu être mobilisés d’urgence pour prendre en charge 80 familles », raconte Stéphane Peu, président de Plaine Commune Habitat. « Ils veulent quoi, ceux qui veulent nous faire payer notre logement ? Que l’on se borne à faire 8 heures-17 heures ? Ils ne se rendent pas compte de ce que l’on fait au quotidien, déplore Linda. Retirer le logement de fonction, c’est casser le métier de gardien d’immeuble. »

Son boulot, en effet, ne se limite pas à sortir les poubelles, balayer le parking, nettoyer le hall ou recevoir les loyers. « Fini le factotum ! », écrit aussi Jean-François Laé dans un livre qui vient de paraître, où il raconte le quotidien de plusieurs gardiens travaillant à Stains (1). Ce sociologue à l’université Paris-VIII décrit les gardiens comme des « rempailleurs de désordres quotidiens », des « réparateurs de la vie collective ». Des « gardiens du lien social », aurait-on pu ajouter. « Pour faire ce travail, il faut d’abord apprendre à écouter et apprendre à aimer les gens », dit Linda. Celle qui aime discuter « avec (ses) mamies » veille aussi à « garder le contact avec les jeunes », avec lesquels elle ne montre jamais la moindre agressivité. Et ça marche. À la cité Stalingrad, les ascenseurs sont propres, la vie collective riche et les échanges fructueux. Une personne âgée vivant dans un F4 et une famille entassée dans un F2 viennent d’ailleurs de se mettre d’accord pour échanger leurs logements. Et c’est Linda, une nouvelle fois, qui s’est chargée de mettre de l’huile dans les rouages.

Les gardiens sont « un des derniers maillons de la chaîne de solidarité qu’ils représentent dans les quartiers populaires », insiste Stéphane Peu. Leur retirer leur logement de fonction serait « en contradiction avec les engagements pris au plus haut niveau de l’État, notamment celui de renforcer le lien social et les services publics » dans les quartiers.

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