Aujourd’hui dans la série #DéconfinonsLesIdées, Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé-Pierre, lance des pistes pour répondre à la crise du logement. Pour lui, les solutions pour en venir à bout existent déjà et passent notamment par un encadrement des loyers et un développement du parc social.

 

CET ARTICLE EST EN ACCÈS LIBRE. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.

 

Depuis l’entrée en confinement le 17 mars, les conséquences de la crise du logement sont amplifiées. Avec l’interdiction de quitter son domicile, de nombreux ménages se retrouvent contraints de vivre dans des habitats insalubres ou surpeuplés. D’autres, frappés économiquement par la pandémie, sont dans l’incapacité d’honorer leur loyer. Comment répondre à la crise du logement dignement ?

Pour Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé-Pierre, les solutions existent déjà mais sont mal employées. Entretien.

Ils existent déjà des outils qui luttent contre la crise du logement, sont-ils efficaces ?

Manuel Domergue : Ce sont des outils qui ont fait leurs preuves, encore aujourd’hui, mais qui sont attaqués, notamment par ce gouvernement.

Le premier outil, ce sont les aides au logement. En France, nous avons la chance d’avoir des aides personnelles au logement (APL) à hauteur de 16 milliards d’euros par an environ pour les personnes à bas revenus. C’est un outil qui est bien ciblé et intelligent pour ceux qui veulent louer un appartement. Mais ces aides sont rabotées d’année en année, alors que les loyers augmentent. Depuis 2017, on compte 3,9 milliards d’euros de coupes dans les APL.

Le second outil, c’est le parc social : on est un des pays les plus dotés en HLM. Cet outil marche assez bien et les niveaux d’investissements publics sont assez importants. Et puis les loyers sont bas sans dividendes aberrants. Cest intelligent, sauf que ça a encore été largement rogné financièrement. En 2016, les aides à la pierre pour le financement de logements sociaux étaient d’environ 250 millions d’euros, il n’y en a plus depuis 2019. À noter qu’il subsiste encore quand même des avantages fiscaux pour le secteur HLM.

Mais, depuis 2017, le secteur du logement est celui qui a été le plus mis à contribution par la rigueur budgétaire. Les APL et les HLM sont moins efficaces puisque moins financés. On en paye le prix aujourd’hui avec une politique du logement insuffisante. Il ne faut pas non plus oublier que la crise du logement, c’est aussi le reflet d’un tas d’autres politiques qui dysfonctionnent, comme l’aide sociale à l’enfance, l’accueil des demandeurs d’asile ou la psychiatrie. Tout ça vient amplifier l’ampleur du problème.

Puisque ces outils dysfonctionnent, à quoi devrait ressembler un modèle pérenne du logement ?

D’abord, il faudrait un marché immobilier et de la construction fortement régulé pour ne pas construire n’importe où et n’importe comment. On ne peut plus construire sans prendre en compte les enjeux écologiques et les deux doivent aller de pair. Il faut pour donc pour cela une planification foncière démocratiquement gérée par les collectivités.

Ensuite, les loyers devraient être encadrés. On comprend que tout le monde ne peut, ni ne veut, habiter dans le parc social. Le marché locatif privé doit être encadré avec des niveaux de loyers maximaux à ne pas dépasser. Aujourd’hui, dans les plus grosses métropoles, on atteint des montants aberrants, faute de courage politique.

 

Pour finir, une politique du logement efficace serait de mettre en place un parc social plus important. Il existe beaucoup de zones tendues où il y a une forte demande locative, et c’est indispensable que le parc social puisse venir en aide aux personnes qui ne peuvent pas payer les prix pratiqués. Aujourd’hui, il y a 5 millions de logements sociaux et il en faudrait plusieurs millions supplémentaires pour s’adapter à la demande. Il faut savoir qu’actuellement 2 millions de ménages sont en attente d’un logement social.

 

Les solutions que vous proposez restent majoritairement aux mains des pouvoirs publics, qui en font pourtant de moins en moins en matière de logement. Comment faire pour leur forcer la main ?

Le budget public pour le logement est de 40 milliards d’euros par an. Il est donc évident que les réponses doivent venir des pouvoirs publics puisque l’État et les collectivités sont ceux qui ont les moyens financiers. Mais les associations ont aussi un rôle très important à jouer, non pas pour se substituer à l’État, mais pour le devancer. Leur objectif, c’est de signaler quand il y a des trous dans la raquette, mais aussi de dénoncer publiquement et de proposer des solutions. La crise du logement ne doit pas se résorber par la générosité du public, mais par des politiques publiques.