Il n'est pas courant que la CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC et la CFTC apposent leur signature au bas d'un même document. C'est pourtant ce qu'ont fait les cinq confédérations syndicales représentatives ce mercredi en adressant au Premier ministre, Jean Castex, un courrier pour lui demander «conjointement» de se rencontrer au plus vite. Le chef de l'Etat est en copie, à quelques heures d’une intervention télévisée au cours de laquelle Emmanuel Macron pourrait annoncer de nouvelles mesures contre l'épidémie de Covid-19.

«De véritables engagements doivent être exigés»

Dans ce communiqué, Laurent Berger (CFDT), Philippe Martinez (CGT), Yves Veyrier (FO), François Hommeril (CFE-CGC) et Cyril Chabanier (CFTC) sollicitent «une réunion d'urgence» afin que l’engagement des salariés dits «de la deuxième ligne», à savoir ceux qui ont continué de faire tourner les services essentiels durant le confinement, soit enfin reconnu. Et ce, par le biais d'«une revalorisation des salaires, conditions de travail, d’emploi et de carrières» qui doit intervenir «sans délai». Pour l’heure, on en est loin, l’exécutif s'étant contenté d’inviter le patronat à lancer des discussions sur le sujet, mais sans le contraindre à quoi que ce soit. Autre sujet de revendication auquel le gouvernement fait la sourde oreille depuis plusieurs semaines : les contreparties aux nombreux dispositifs d’aides publiques ou d’allègements fiscaux mis en place pour soutenir les entreprises. «Nous en appelons à ce que ces aides conduisent effectivement à préserver les emplois, les salaires et les garanties collectives, écrivent les cinq syndicats. De véritables engagements doivent être exigés en contreparties et contrôlés quant à leur mise en oeuvre effective à court, moyen et long terme, a contrario de ce que nous avons connu et constatons trop souvent.»


 

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Au premier rang des inquiétudes expriméees figure aussi la possibilité même, pour les syndicats, d’accomplir leur tâche. D’un côté, le gouvernement ne cesse de vanter les vertus du «dialogue social», qui permettrait de résoudre l’essentiel des questions et difficultés rencontrées dans les entreprises au cours des derniers mois : mise en place du télétravail, sacrifices salariaux avec les «accords de performance de collective», garanties sur le maintien de l’emploi dans le cadre de la mise en place de l’activité partielle de longue durée (APLD).

«Limitation de l'exercice du droit de réunion et de manifestation»

Mais de l’autre, les conditions ne sont pas réunies pour que ce dialogue social ait vraiment lieu, alertent les confédérations : «Les dispositions sanitaires accrues, destinées à limiter la propagation du virus, se traduisent par des restrictions importantes, notamment en matière syndicale, en ce qu’elles limitent de fait l’exercice régulier du droit de réunion et de manifestation.» Et les leaders syndicaux de demander une «réunion rapide sur l’évaluation des conséquences des ordonnances travail afin de rétablir les droits de représentation collective des salariés à la hauteur des enjeux actuels». Adoptées en 2017, les ordonnances travail ont considérablement modifié le rôle des représentants du personnel et ont conduit globalement à leur affaiblissement, dénonçait déjà la CFDT en 2019.

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Enfin, sur le front des réformes, les syndicats réitèrent une double revendication : d'abord, que «la réforme de l’assurance chômage, décidée en juin 2019, reportée finalement jusqu’à la fin de l’année 2020, soit abandonnée» ; ensuite, «que le gouvernement [annonce] que l’heure n’est pas de remettre à l’ordre du jour le sujet des retraites». S'il a reporté sine die le volet systémique de la réforme (le passage à un système à points), le gouvernement compte toujours remettre sur la table son volet «paramétrique», autrement dit les mesures nécessaires selon lui à son équilibre financier.

Frantz Durupt