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Fier.e.s de travailler pour le service public du logement

 

 

19 novembre 2020 4 19 /11 /novembre /2020 13:42

 

 Chaque jour, des milliers de sans-abri composent le 115 dans l’espoir de trouver une place en hébergement d’urgence. La plate-forme téléphonie est débordée par les appels.

Chaque jour, des milliers de sans-abri composent le 115 dans l’espoir de trouver une place en hébergement d’urgence. La plate-forme téléphonie est débordée par les appels. LP/Delphine Goldsztejn

« Déjà qu'en temps normal, c'est très dur mais là, avec le confinement c'est, la manche, zéro, donc, manger, zéro », témoigne sur Twitter un homme de 60 ans, qui passe ses nuits sur le trottoir parisien en attendant d'obtenir enfin un hébergement.

Comme lui, des milliers de sans-abri en Ile-de-France, mais aussi les nouveaux pauvres du Covid, composent le 115 tous les jours pour espérer joindre le Samu social et décrocher une place pour la nuit.

« Le taux de réponse n'est pas satisfaisant », reconnaît Christine Laconde, directrice générale du Samu social de Paris, qui explique : « Derrière, c'est un manque de moyens humains mais aussi de débouchés pour accueillir ces personnes ». En moyenne chaque jour, ses équipes prennent « 1000 à 1300 appels ». Et chaque soir, autour de 800 demandes d'hébergement d'urgence restent non pourvues. Rien qu'à Paris.

Le Plan hiver, qui permet chaque année de débloquer des places d'hébergement supplémentaires ne s'est en fait jamais arrêté depuis la fin 2019. Avec le premier confinement et la montée en flèche d'une nouvelle précarité, cette année Covid fait exploser les compteurs.

Des demandes qui ont plus que doublé

« Nous n'avons jamais vu ça, constate Vincent Hubert, directeur du SIAO (service d'accueil et d'orientation) du Val-d'Oise qui gère le 115 pour ce département. « A la même époque de 2019, nous avions 1300 chambres d'hôtels pour l'hébergement d'urgence. Pour ce mois de novembre, nous en sommes à 2900 chambres. » Soit une explosion de + 120 % ! Il faut préciser que le Val-d'Oise, bien pourvu en capacités hôtelières, accueille aussi des sans-abri de Paris et la petite couronne.

« Pour l'instant, on arrive à gérer grâce aux moyens financiers supplémentaires débloqués par l'Etat. Mais cette prise en charge à l'hôtel n'est pas l'idéale pour accompagner ces personnes. Les places en centres d'hébergement sont très limitées, 545 exactement pour le Val-d'Oise ».

« 9 000 places supplémentaires dont 1 400 places en Ile-de-France ont été créés ces trois dernières semaines pour absorber ces hommes et ces femmes toujours plus nombreux du fait de l'extrême pauvreté renforcée par les conséquences économiques de la pandémie », a expliqué ce lundi Emmanuelle Wargon, Ministre déléguée chargée du Logement, en visite à Bonneuil (Val-de-Marne).

Dans ce département, 70 centres hébergent 2000 personnes par an, parfois durant deux ans, ou dans le cadre de réinsertion, les populations les plus précaires. Là, ils sont accompagnés par des travailleurs sociaux pour entamer des démarches de régularisation et trouver un emploi. Avant de pouvoir ensuite trouver un logement et sortir du circuit.

Ce qui manque, ce sont les places

Toutes les associations le disent : cette année, le problème n'est pas la question du financement, même si elles « espèrent que les crédits annoncés arriveront bien ». Ce qui manque, ce sont bien les locaux face à l'afflux de demandes. Le Samu social met les bouchées doubles pour trouver des solutions et mettre toujours plus de personnes à l'abri alors que les températures baissent. La situation est tellement tendue qu'en cette mi-novembre, les associations elles-mêmes ont bien du mal à faire leurs comptes sur les disponibilités exactes dans chaque département.

« Les dimensions sont devenues énormes, reprend Christine Laconde. Au Samu social de Paris, on a un service dédié pour prospecter des hôteliers et trouver des chambres à louer pour tous les Samu sociaux d'Ile-de-France (à l'exception des Hauts-de-Seine et du Val-de-Marne qui ont leur propre système). Et nous sommes passés de 38 000 nuitées par jour avant le premier confinement, à plus de 45 000 actuellement. » Et même 53 545 le 26 octobre, selon les chiffres de la préfecture de région.

Plus de la moitié des personnes logées à l'hôtel sont des enfants

Coût de ces locations : à une moyenne de 21 euros la chambre, la facture dépasse le million d'euros tous les jours. Plus cher qu'un logement… « Et la moitié de ceux qui sont à l'hôtel y vivent depuis plus de deux ans ! » s'indigne Christine Laconde. Plus de la moitié des personnes logées à l'hôtel sont des enfants, plus de 40 % de ce public doit renouveler sa prise en charge tous les jours, selon une étude du Secours catholique. « Ce ballottage d'hôtel en hôtel, parfois à des kilomètres, a des conséquences sur l'insertion des familles : comment dès lors trouver un emploi stable ? Et scolariser les enfants ? » interroge l'association.

Même phénomène en Seine-Saint-Denis. « Malgré la volonté de l'Etat de trouver des places, on va en manquer », indique Gérard Barbier, président de l'association Interlogement 93 et qui enregistre « chaque soir plus de 400 demandes non pourvues ».

C'est donc la course aux places disponibles. Alors, quand l'association Emmaüs solidaire a été contactée par le propriétaire de l'hôtel Avenir Montmartre à Paris (XVIIIe), impossible de refuser cette opportunité. « Il nous a proposé de mettre à disposition son établissement pour une durée d'un an, explique Bruno Morel, directeur général. En 48 heures, tout était prêt, se félicite-t-il. Chaque chambre a ses sanitaires individuels. 60 personnes sont déjà accueillies, il y en aura 85 à la fin de la semaine. Nous avons encore une dizaine de projets dans ce genre car cette année est particulière, l'enjeu c'est de trouver du bâti, toutes les associations sont mobilisées pour trouver des solutions. »

Les associations manquent aussi de personnel qualifié

« Face à l'urgence sanitaire et à la nécessité de protéger les plus fragiles, l'Etat a notamment maintenu ouvertes 5000 places mobilisées dans la cadre du plan hiver précédent. Elles s'ajoutent aux 120 000 ouvertes le reste de l'année », assure la préfecture de région. Au total, près de 130 000 places sont réservées chaque nuit pour les sans-abri en Ile-de-France.

Au-delà des locaux, les associations manquent aussi de « bras, au sens social ». Du personnel qualifié pour travailler à l'insertion sociale de ces familles. Mais là encore, difficile à trouver en Ile-de-France compte tenu des niveaux de salaire de la profession et du coût des… loyers.

«L'enjeu de la sortie d'hébergement sera beaucoup plus difficile que l'an dernier»

« Derrière tout ça, il faut un vaste plan d'insertion au logement mobilisant tous les acteurs, martèle Christine Laconde. L'accès au logement est un tel parcours du combattant en Ile-de-France qu'actuellement, il n'y a pas de débouché et on est quasiment obligé de créer une nouvelle place pour chaque nouvelle demande. »

Et si la fin du confinement est attendue avec impatience par la majorité de la population, elle inquiète plutôt les associations : « Avec la crise, les hôtels sont vides. On a trouvé 7 500 places en six mois. Mais quand l'économie reprendra, on n'aura plus ces chambres. L'enjeu de la sortie d'hébergement sera beaucoup plus difficile que l'an dernier. Il faudra bien trouver une solution pour ces milliers de personnes ! »

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