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Fier.e.s de travailler pour le service public du logement

 

 

9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 14:12

Vingt bâtiments ont nécessité une mise sous arrêté de péril à Paris. Nous sommes allés en visiter certains. Du marchand de sommeil au propriétaire sans moyens en passant par la copropriété endettée, les raisons des dégradations sont multiples.

 Paris (11e), le 3 décembre 2020. Cet immeuble de la rue Richard-Lenoir est sous arrêté de péril depuis octobre 2019, mais les premiers signalements au sujet d’un problème de sécurité interviennent dès 2016. Paris (11e), le 3 décembre 2020. Cet immeuble de la rue Richard-Lenoir est sous arrêté de péril depuis octobre 2019, mais les premiers signalements au sujet d’un problème de sécurité interviennent dès 2016. LP/Maïram Guissé

Paris n'est pas Marseille. Est-elle pour autant à l'abri d'un effondrement d'immeubles, comme celui survenu rue d'Aubagne il y a deux ans? Elus et associations le pensent. Mais la capitale garde un œil attentif sur 245 immeubles qui présentent un risque de dégradation de leur bâti. Surtout, 20 immeubles ont été placés sous arrêté de péril. « Cela correspond à une situation où des occupants sont en danger », prévient Isabelle Froissard, directrice de la Soreqa, société publique locale d'aménagement. Etat des lieux.

Habitat indigne : ces immeubles qui menacent de tomber en ruine en plein Paris

A deux pas de Montmartre (18e), il y a cette petite bâtisse, l'hôtel Le Muller, dans laquelle on n'a pas envie de s'éterniser tant tout y est vétuste et dégradé. Pourtant ici, 41 personnes occupaient les chambres, à des prix exorbitants (une pièce de 11 mètres carrés avec toilettes sur le palier à 550 euros par mois). Et ce, malgré un arrêté d'interdiction d'occupation pris mi-novembre par la préfecture de police, pointant « la sécurité des occupants gravement mise en danger ». Manque de ventilation, problème électrique, effondrement du plafond, fuite d'eau… c'est tout cet immeuble de quatre niveaux qui est en piteux état.

Jeudi dernier, les habitants de cet hôtel ont été relogés par la préfecture de région. Une opération normalement à la charge du propriétaire, dans le viseur de la mairie depuis un an, mais resté inactif. D'où l'intervention des institutions. Le soir même, plus de rideaux aux fenêtres, désormais murées. La porte d'entrée grise jusque-là continuellement ouverte est désormais close. Et flanquée d'un arrêté d'évacuation précisant de nombreux griefs.

La crainte de voir une marche d'escalier céder

Avec cinq arrêtés de péril en cours, le 18e est l'un des arrondissements les plus touchés de Paris avec les 19e et 20e. D'autres secteurs sont tout de même concernés. Direction rue Richard-Lenoir (11e). Entre deux bâtiments aux façades impeccables, celle du numéro 20 attire le regard. Ici, l'arrêté date d'octobre 2019, mais la situation est critique depuis plusieurs années. Le premier constat de péril remonte à janvier… 2016. Depuis rien n'a changé.

Pourtant, la prise d'un arrêté de péril « oblige les propriétaires à réaliser des travaux prescrits et précis, encadrés par des délais, au risque de devoir régler des astreintes pour chaque jour de retard, explique Isabelle Froissard. Si les travaux ne sont pas effectués, la ville peut se substituer. Le coût engagé est ensuite récupéré auprès des propriétaires. » En pratique, c'est plus complexe.

Malgré les nombreux rapports sur l'immeuble de la rue Richard-Lenoir, la situation stagne. Outre les fissures sur la façade, la cheminée, en très mauvais état, comprend « des éléments de maçonnerie qui peuvent s'en détacher », peut-on lire dans l'arrêté. A l'intérieur, on est soufflé par l'état de dégradation avancée des parties communes.

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A tous les étages, ce qu'il reste de peinture beige s'écaille partout. Près des fenêtres, entourées de grosses traces d'humidité, de nombreuses fissures sont apparentes. Monter les marches n'est pas rassurant tant on se demande si l'une d'elles ne va pas céder. Au deuxième étage, le faux-plafond s'est tout simplement effondré. Sans parler de ces tuyaux qui courent d'un étage à l'autre, accrochés à la rampe d'escalier… Pourquoi rien ne bouge ? « Une situation financière délicate liée à un lourd impayé d'un copropriétaire représentant une quote-part importante », selon la position du syndic rapportée dans l'arrêté.

 

Dans cet immeuble de la rue Richard-Lenoir, l’état des parties communes est particulièrement inquiétant. LP/Maïram Guissé
Dans cet immeuble de la rue Richard-Lenoir, l’état des parties communes est particulièrement inquiétant. LP/Maïram Guissé  

Les longues procédures à respecter, de la mise en demeure aux propriétaires d'effectuer des travaux, à leur potentielle réalisation en passant par la décision de prendre un arrêté de péril, rendent fastidieuse la lutte contre l'habitat indigne. « Dans un rapport de 2016, nous avions enregistré une moyenne de six ans d'occupation dans ces logements sans qu'aucuns travaux ne soient réalisés ni par les propriétaires, ni par la collectivité », précise Eric Constantin, directeur de l'agence Fondation Abbé Pierre Ile-de-France. Comme ici, rue Richard-Lenoir.

«Un arrêté de péril entraîne automatiquement la suspension de l'acquittement du loyer»

Au sein de l'immeuble, difficile de trouver des habitants qui acceptent d'échanger sur la situation. « Je ne préfère rien dire », évacue un locataire derrière sa porte. Au quatrième et dernier étage, une étudiante, « arrivée à Paris il y a un an », explique, en espagnol, payer « un loyer de 530 euros pour une toute petite pièce ». La loi l'exempte pourtant de régler cette somme. « Un arrêté de péril entraîne automatiquement la suspension de l'acquittement du loyer », explique Eric Constantin. Encore faut-il que les locataires connaissent leurs droits. « Ils peuvent obtenir devant un juge un remboursement des loyers perçus après la prise de l'arrêté », ajoute Eric Constantin.

Dans cette lutte acharnée contre l'habitat indigne, la Ville de Paris, en procédure au pénal avec deux marchands de sommeil des rues de Meaux et Marx-Dormoy, mise aussi sur la prévention. Elle s'appuie sur l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur) chargé de dresser tous les ans la liste des immeubles à surveiller avant qu'ils ne tombent dans l'insalubrité, voire de se retrouver sous le coup d'un arrêté de péril. En 2015, l'observatoire de l'agence en comptabilisait « 344 », contre « 245 » en 2018. Il y en aurait encore un peu moins cette année.

A cette politique préventive s'ajoute l'action de la Soreqa. « Nous agissons en aidant à la réhabilitation d'un immeuble, ce qui permet de réduire le nombre de bâtiments sous arrêté de péril, précise Isabelle Froissard. Et si la situation est trop dégradée, on rachète le bâtiment pour le transformer en habitat social. Depuis 2010 et notre création, nous suivons 58 immeubles. »

Le fléau touche aussi les beaux quartiers, tel le chic secteur de la rue d'Aboukir (2e) où tout paraît si bien entretenu. Une fois passée la vaste entrée de cette tranquille copropriété, on se demande où peut bien être le danger. Sur la porte en partie vitrée du bâtiment B, l'arrêté de péril affiché confirme pourtant qu'il n'y a pas d'erreur sur l'adresse.

« Cette histoire est terrible », souffle une copropriétaire. « Un matin [mai 2019], la police a débarqué et affiché cet arrêté partout sur les portes, comme si nous étions des repris de justice, s'agace-t-elle encore. Nous ne sommes pas dans un immeuble de Marseille. Vous voyez bien que ce n'est pas à l'abandon, qu'il n'y a pas de situation de péril, c'est un scandale ! »

Pourtant, l'arrêté ne laisse pas place au doute. « Des désordres ont été révélés dans un logements du 5e étage », annonce l'affichette, avant d'énumérer les anomalies parmi lesquelles « une poutre parallèle aux façades est cassée » ou la présence « d'étais métalliques renforçant localement et provisoirement les solives et poutres les plus fragiles ». Et de mettre en demeure le syndicat de copropriétaires de « procéder à la réparation ou au remplacement des éléments de la structure endommagés », ainsi que « d'assurer la stabilité du gros œuvre et garantir la sécurité des occupants ». Le tout, dans les six mois. « Des travaux ont été engagés », assure cette copropriétaire, espérant que la situation « s'arrange début 2021 ». En attendant, elle doit s'abstenir de toucher le loyer du studio qu'elle loue dans son immeuble. « Ça fait déjà un an et demi de loyer en moins », souffle-t-elle.

Entre 2002 et 2010, «1030 immeubles ont été sortis de l'insalubrité»

A plusieurs kilomètres de là, rue des Pyrénées (20e), une tout autre situation interpelle : une bâtisse contenant deux locaux commerciaux dont un loué, l'autre complètement tagué. La première visite des architectes faisant état de problème de sécurité remonte à… 2012. Ici, pas de copropriétaires, mais une seule propriétaire vivant sur place avec sa famille. Et pas trace de l'arrêté de péril. Quand le document a été accroché, en septembre 2019, « la propriétaire a arraché les feuilles », explique un voisin.

Des centaines de logements insalubres ne sont pas (encore) dans un état de délabrement tel qu'ils sont frappés d'un arrêté de péril. Entre 2002 et 2010, « 1030 immeubles [à Paris] ont été détectés puis sortis de l'insalubrité pour un coût de 1,3 milliard de travaux payés en partie par les propriétaires et pour moitié par la Ville et l'Etat », précise Ian Brossat, adjoint (PCF) à la mairie de Paris.

A l'échelle de l'Ile-de-France, « 1000 procédures de police d'insalubrité sont prises en moyenne chaque année », selon la Direction régionale et interdépartementale de l'hébergement et du logement (Drihl).

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