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Fier.e.s de travailler pour le service public du logement

 

 

6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 09:53

Logement : le pire est sans doute à venir
CÉLINE MOUZON

Grâce à une mobilisation dans l’urgence, le confinement n’a pas eu de conséquences catastrophiques sur le logement des Français. Mais les difficultés n’ont été que repoussées, et les politiques publiques en la matière ne sont guère dynamiques.

Mal-logement et crise sanitaire ne font pas bon ménage. Dans son 26e rapport, la Fondation Abbé Pierre (FAP) consacre son focus thématique à l’année 2020. A la croisée des inégalités sociales et de leurs effets sur la santé, la question du logement a été au cœur du quotidien et des préoccupations. Les statistiques ne seront pas disponibles avant quelques mois voire quelques années. La Fondation s’est donc appuyée sur des sondages et des enquêtes de terrain pour dresser ce bilan.

Premier constat : les difficultés financières et la taille du logement ont eu une influence forte sur la détresse psychologique pendant le premier confinement.

Second constat : les mesures gouvernementales ont permis de protéger le cœur de la société salariale. Elles n’ont pas suffi pour répondre aux besoins des travailleurs indépendants, stagiaires, étudiants, intérimaires et aux 2,5 millions de personnes qui ont des revenus non déclarés. Les nouveaux pauvres ont rejoint les rangs des anciens pauvres, pour qui les perspectives de sortie de la pauvreté se sont encore éloignées.

Evidemment, difficile d’être confiné quand on est mal logé. Pour les 4 millions de personnes dans cette situation1, l’année 2020 a été particulièrement éprouvante.

La mobilisation dans l’urgence des bénévoles, des associations, de l’Etat et des collectivités locales a été forte pendant le premier confinement. Fait exceptionnel : durant une nuit, le 115 de Seine-Saint-Denis a pu satisfaire toutes les demandes. Ainsi, l’hécatombe redoutée pour les mal-logés a pu être évitée.

Les hébergements sont cependant restés le plus souvent inadaptés, que ce soit les chambres d’hôtel, où les personnes sont parfois entassées à plusieurs avec des inconnus, ou les gymnases évidemment propices à la diffusion des virus. De plus, malgré la mobilisation, il restait chaque nuit environ 2 000 demandes non pourvues par le 115. Certains ont traversé la période sans aucune aide, à un moment où l’hébergement contraint chez les tiers était fragilisé.

La bombe à retardement des impayés

La baisse soudaine des expulsions locatives est trompeuse. Elle résulte des règles édictées en urgence par les pouvoirs publics. La Fondation Abbé Pierre met en garde contre une bombe à retardement : si rien n’est fait pour soutenir le logement, 2021 et 2022 risquent d’être de très mauvaises années, car sous l’effet de la crise économique et sociale, les impayés vont s’accumuler pour certains ménages.

Logement des plus précaires : une gestion dans l’urgence

Pour les plus précaires, la chaîne du logement est grippée depuis des années. Les chiffres pour 2019 sont sans équivoque.

L’ensemble du secteur de l’hébergement et de l’habitat temporaire comptait près de 520 000 places à cette période. Cela comprend l’hébergement d’urgence (hôtels, centres d’hébergement d’urgence – CHU –, l’hébergement d’insertion, l’hébergement pour demandeurs d’asile – Cada, Huda, AT-SA,…) et le logement d’insertion.

Depuis la fin des années 2000, l’hébergement en urgence à l’hôtel est de plus en plus fréquent, tendance que confirme l’année 2019. L’hôtel coûte pourtant cher aux pouvoirs publics : sur un an, une nuitée revient à 7 000 euros selon le Sénat, contre 6 400 pour un hébergement en CHRS (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale), où en plus les personnes sont mieux accompagnées.

Le niveau des dépenses pour les places en hébergement d’urgence hors CHRS a presque quadruplé en dix ans, souligne la Fondation, passant de 228 millions d’euros en 2008 à 934 millions d’euros en 2019. A cela s’ajoute le coût humain pour les personnes ainsi hébergées (changement de domicile permanent, difficultés à se projeter,...).

Le financement public du logement poursuit sa baisse

L’effort public en faveur du logement diminue depuis 2010, passant de 2,2 % du produit intérieur brut (PIB) à 1,6 % en 2019, soit 38,5 milliards, son niveau le plus bas depuis 1984, première année connue.

Tous les types d’aides ont baissé, qu’il s’agisse des subventions au parc social, des avantages fiscaux ou des aides à la personne avec les APL.

Le nombre de HLM financés diminue encore en 2019 (de 3 % par rapport à 2018). L’objectif de 150 000 logements sociaux créés chaque année (déclinaison de l’objectif de 500 000 constructions neuves par an fixé par le précédent gouvernement) est loin, comme l’an dernier. C’est en partie la conséquence de la ponction exercée sur les bailleurs sociaux.

 
 
 

Seul point positif : cette année encore, le financement de logements très sociaux (PLAI) atteint 30 % des logements sociaux financés. Cependant, avec moins de 32 000 logements PLAI, on reste très loin de l’objectif de 40 000.

Pendant la crise, le gouvernement poursuit sa politique de coupes dans les APL. En cumulant toutes les baisses depuis 2017, ce sont plus de 10 milliards d’euros qui auront été économisés sur le dos des ménages les plus pauvres, selon les calculs de la Fondation.

En 2021, 750 millions d’euros seront économisés grâce à la « contemporanéisation des APL », reposant sur le calcul en temps réel des ressources des allocataires. Officiellement, l’idée est d’avoir une meilleure correspondance entre les ressources avec les besoins. Mais aussi pour faire des économies : comme la mesure ne prévoit pas d’indexation du barème sur l’inflation, le fait de sauter deux années a dès lors les mêmes effets qu’un gel des APL pendant deux ans.

De plus, le montant de l’allocation variera désormais chaque trimestre, là où les allocataires pouvaient jusqu’à présent compter sur un montant stable pour une année. Cet ajustement en temps réel va d’abord peser sur les jeunes prenant leur premier emploi, dénonce la Fondation.

Le gouvernement continue enfin de déployer le plan quinquennal « Logement d’abord ». Le principe : proposer directement un logement autonome aux personnes à la rue, plutôt que de les faire transiter par une série d’hébergements d’urgence en attendant d’elles qu’elles fassent la preuve de leur capacité à habiter. C’est ce qu’a fait la Finlande avec succès. Dans l’Hexagone, les ambitions restent trop limitées et les objectifs ne sont pas atteints faute de moyens.

Un plan de relance insuffisant

Parmi les mesures annoncées dans le plan de relance du gouvernement figure la rénovation énergétique, une politique consensuelle à la fois sur le plan social et écologique.

La précarité énergétique touche 12 millions de personnes, rappelle la Fondation Abbé Pierre. Toutes ces personnes ont froid chez elle ou dépensent trop pour se chauffer. Cette situation a de plus des effets sur la santé (ostéoarticulaires, respiratoires, neurologiques et de dépression). En 2020, les confinements ont augmenté le temps passé chez soi. Enedis observe une hausse de la consommation de 4 % chez les particuliers par rapport à l’année précédente.

L’objectif est de venir à bout des 4,8 millions de passoires thermiques, en commençant par les 2 millions occupées par des ménages modestes.

Les actes sont-ils à la hauteur de l’affichage, s’interroge la Fondation dans son rapport ? Dans le parc social (300 000 passoires thermiques), la mobilisation est à la hauteur des enjeux. Depuis 2016, 1,4 milliard d’euros ont été prêtés aux bailleurs sociaux, et le nombre de chantiers a augmenté de 50 %. L’objectif est désormais d’avoir rénové les bâtiments classés « F » et « G » d’ici 2023, au lieu de 2027, date initialement prévue.

Dans le parc privé en revanche, c’est moins positif. Le rythme des rénovations stagne, et les 500 000 prévues chaque année ne sont pas réalisées.

Le plan de relance prévoit 2 milliards d’euros supplémentaires pour 2021-2022 sur cette question. Cet argent est le bienvenu, note la Fondation Abbé Pierre. Mais il ne fait que compenser la suppression du crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE) sans revenir au niveau de soutien public de 2018.

De plus, avec l’ouverture de MaPrimeRénov’ aux ménages aisés et aux bailleurs privés à partir de 2021, ce budget devra être partagé par un plus grand nombre de bénéficiaires, au lieu d’être ciblé sur les plus modestes.

Ce plan de relance souffre de vraies limites : les moyens sont insuffisants pour réellement aider les ménages modestes dont le reste à charge sera toujours trop élevé, il n’y a pas assez d’accompagnement fiable pour réaliser des travaux performants, ni de normes pour rendre la rénovation systématique.

  • 1.Dont 300 000 sans domicile, selon la FAP, qui rappelle que ce chiffre recouvre non seulement les sans-abri mais aussi les personnes en hébergement d’urgence.
Logement : le pire est sans doute à venir
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