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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 12:01
Samedi 20 Février 2021

En 2020, les HLM n’ont reçu d’agréments que pour 21 000 logements. Un chiffre catastrophique au regard des besoins. © Michael Lumbroso/REA

La crise souligne combien un logement de qualité est essentiel. Mais, alors que 2 millions de ménages restent en attente d’un HLM, ce modèle national apte à répondre à tous les défis subit des attaques sans précédent et la convoitise des financiers. DOSSIER

 

La crise en a fait la démonstration : le logement social est un outil majeur contre la précarité. « On a bien vu qu’il joue un rôle d’amortisseur. Il loge 5 millions de personnes, qui, au moins, ont un logement correct avec un loyer modéré, quand elles sont confrontées à une baisse de revenu », résume Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation Abbé-Pierre (FAP). Les organismes HLM sont aussi plus à l’écoute ; ils gèrent leurs immeubles sur le long terme. Après le premier confinement, ils ont, dans leur majorité, accompagné les locataires en difficulté, pour limiter les risques d’expulsion. « Ils sont les seuls à pouvoir jouer ce rôle. Le secteur privé ne fait pas du tout ça », renchérit Pierre Madec, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Le HLM, c’est d’abord des prix abordables. « En moyenne, à caractéristiques similaires, les locataires du parc social s’acquittent de loyers 40 % inférieurs à ceux du privé », calculait en 2019 l’Union sociale pour l’habitat (USH), qui regroupe l’ensemble des organismes HLM. Si les dépenses de loyer des ménages continuent à s’accélérer (+ 2,1 % en 2019 et + 1,7 % en 2018, selon la Commission des comptes du logement), ce n’est pas le cas dans le parc social. Le décalage entre les prix du privé et du public s’avère même béant dans les métropoles, où la demande excède l’offre et où les prix ont explosé. « En Île-de-France, le logement social est nécessaire et correspond aux besoins de la population, et pas seulement pour les plus pauvres, parce que les loyers pratiqués y sont deux à trois fois moins chers que dans le privé », souligne Jean-Luc Vidon, président de l’Aorif, l’association régionale HLM Île-de-France.

 

Un accès plus difficile pour les bas revenus

Pour les plus pauvres aussi, les HLM sont l’unique chance d’arriver à se loger ailleurs que dans de l’habitat indigne. Selon une étude de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), 85 % des bénéficiaires de minima sociaux sont locataires, dont 49 % dans le parc social et 36 % dans le privé. Une partie du parc HLM permet d’avoir un toit, même avec un revenu inférieur au Smic. Foyers pour jeunes, retraités, migrants ou SDF font aussi partie du monde HLM. « Nous construisons des résidences sociales à prix bas, dont nous donnons la gestion à des centres d’action sociale ou à des mutuelles, contre un loyer qui correspond à l’euro près au prix de nos emprunts. Ça ne rapporte pas un centime. Seul un bailleur social peut faire ça », explique ainsi Isabelle Rueff, directrice générale d’Alpes Isère Habitat.

En plus de s’être désengagé des aides à la pierre, l’exécutif a ponctionné aux organismes sociaux plus de 4 milliards en 4 ans !

L’accès pour les plus pauvres laisse pourtant encore à désirer. Une étude interassociative soulignait, en juin 2020, que « parmi les demandeurs HLM, les chances pour un ménage d’obtenir un logement social sont d’autant plus faibles que ses ressources sont basses ». Un phénomène encore exacerbé là où la demande est forte. La chute continue des APL, accrue sous l’ère Macron avec une baisse globale de 10 milliards d’euros, a compliqué la situation, en réduisant la solvabilité des ménages modestes.

 

Le manque de places pour les catégories populaires tient surtout aux difficultés à construire à un prix accessible. « Si les logements sociaux sont économiques, c’est grâce aux anciens HLM des années 1960-1970. On arrive de moins en moins à produire avec des loyers pas chers, adaptés aux besoins des classes moyennes, populaires et des précaires », remarque Manuel Domergue. Promis en 2017 par le plan « Logement d’abord » pour sortir des ménages de la rue ou de l’hébergement, le chiffre de 40 000 logements HLM peu chers par an n’a jamais été atteint. Une situation dramatique, alors qu’avant la crise, 2 millions de ménages attendaient déjà un HLM, dont plus de 70 % avec des revenus inférieurs au Smic, et 300 000 étaient sans domicile.

L’hostilité de l’état 

Ce déficit s’inscrit dans une baisse globale de la construction. En 2020, seulement 95 000 logements HLM sont sortis de terre, le niveau le plus bas depuis 2005. « En Île-de-France, la production baisse depuis quatre ans, et le nombre d’agréments pour 2021 a même chuté de 30 %. Nous sommes pourtant dans une région où, depuis plusieurs années, nous n’arrivons plus à répondre à la demande de logements abordables, qui continue de croître. Cette année, sur 750 000 demandes actives, nous n’avons pu faire que 59 000 attributions », s’alarme Jean-Luc Vidon.

Le ralentissement n’est pas dû qu’au Covid et l’a d’ailleurs précédé. « La crise éclaire rétrospectivement la politique de ce gouvernement qui n’a rien fait pour le logement social et l’a même fragilisé avec des mesures désastreuses », souligne Ian Brossat, adjoint PCF chargé du logement à la Mairie de Paris. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, l’hostilité au logement social et la foi dans les seules vertus du marché se sont traduites par des baisses budgétaires sans précédent dans le secteur. En plus de s’être désengagé des aides à la pierre, le gouvernement a ponctionné aux organismes sociaux plus de 4 milliards d’euros en quatre ans ! Des coupes massives qui ont limité leurs capacités d’action. « Ils sont de plus en plus obligés d’utiliser leurs fonds propres pour compenser la baisse de l’aide publique. Mais, moins ils ont de fonds propres, moins ils peuvent construire », résume Pierre Madec.

Aux problèmes financiers s’ajoute l’hostilité de certains élus, qui, comme le montre la réticence à appliquer la loi SRU, refusent des HLM. Entre la construction qui baisse et des ménages des catégories populaires de plus en plus bloqués en HLM (– 44 % d’accession à la propriété entre 2002 et 2013), toute la chaîne s’enraye. L’offre se tarit quand la demande est amenée à augmenter. Et l’avenir n’est pas radieux. En 2020, les HLM n’ont reçu d’agréments que pour 87 000 logements, dont seulement 21 000 en Île-de-France. Des chiffres catastrophiques au regard des besoins.

Prenant acte de ce retard, la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon, a fixé, en mars 2020, un objectif de « 250 000 logements sociaux en deux ans ». Peu ambitieux, cet engagement ne coûte rien à l’État. Alors que le logement est le grand absent du plan de relance – 3 milliards d’euros pour la seule rénovation énergétique –, le gouvernement n’est toujours pas prêt à faire un geste pour ce secteur vital. Il s’est contenté de mettre la pression sur les collectivités et sur les organismes, ne mettant sur la table que 1,7 milliard d’euros, pris dans la poche d’Action logement, l’ex-1 % logement, souvent accusé de dormir sur sa trésorerie. Pas de quoi enrayer une crise du logement déjà enracinée et que les conséquences du Covid vont encore aggraver.

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