Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

Recherche

Fier.e.s de travailler pour le service public du logement

 

 

6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 16:00

Logement trop cher. Partout en Europe, une situation explosive : notre enquête

 

© Frédéric Achdou/REA

Mardi 30 Mars 2021

Camille Bauer

La spéculation et le manque d’investissement public ont entraîné une hausse des prix dans les métropoles et une difficulté croissante à se loger pour des salariés de plus en plus précaires. Une tendance commune à tous les territoires de l’UE, où le nombre de sans-abris a augmenté de 70 % en dix ans. Face à cette situation explosive, la question de la régulation devient de moins en moins taboue.

La crise sanitaire a été un révélateur. Elle a rendu visibles les sans-abri, mais aussi les difficultés des « travailleurs clés » et des précaires, dont les revenus sont insuffisants pour se loger en ville.

Infographie prix logements

« Le Covid a joué un rôle dramatique dans l’exacerbation des déséquilibres déjà à l’œuvre dans le secteur du logement en Europe. Ce qui est peut-être plus frappant que l’ampleur générale du choc, c’est son impact différencié. Le fardeau est retombé beaucoup plus durement sur les jeunes et sur les catégories sociales qui ont le moins de ressources économiques et un lien plus ténu avec le marché du travail », a reconnu Declan Costello, de la direction générale des affaires financières de la Commission européenne, à l’occasion de la sortie le 26 mars du rapport d’Housing Europe, qui regroupe l’ensemble des acteurs du secteur du logement public de l’UE.

Lire aussi : Droits essentiels. L’Europe en marche contre le mal-logement

« Crise de l’occupation »

La crise a aussi mis en lumière les conséquences sanitaires et psychologiques du mal-logement« Beaucoup plus que le problème de l’accès, la période du confinement a révélé une crise de l’occupation », estime Laurent Ghekiere, représentant pour l’Europe de l’ Union sociale pour l’habitat.

Icon Quote Il y a un fossé de plus en plus fort entre le pouvoir d’achat des ménages et le prix des logements. LAURENT GHEKIERE

Toute l’Europe est concernée. Locataires menacés d’ expulsions ou qui se privent pour payer des loyers exorbitants, habitants de logements informels aux prises avec la répression, petits propriétaires incapables de rembourser leurs prêts ou de remettre en état des logements qui tombent en ruine, centres-villes voués au tourisme et à la gentrification, classes populaires repoussées au loin ou dans des logements indignes : les formes de ce drame sont multiples et anciennes. Mais elles ont un dénominateur commun : « Il y a un fossé de plus en plus fort, même pour les catégories à revenus moyens, entre le pouvoir d’achat des ménages et le prix des logements », résume Laurent Ghekiere, également membre d’Housing Europe.

Des loyers en hausse de 14,8 %

Alors que les salaires ont stagné, voire régressé avec le développement de l’ emploi précaire, entraînant une augmentation de la pauvreté, les prix, eux, ont explosé. Rien qu’entre 2011 et 2020 les loyers ont grimpé sur l’ensemble de l’UE de 14,8 % et les prix à l’achat de 30,2 %. Cette hausse frappe surtout les grandes métropoles, là où l’emploi est concentré et la demande en logement plus forte.

Ce décalage a des conséquences concrètes. Pour un nombre croissant d’Européens, le coût du logement est devenu un fardeau écrasant. Déjà, avant la crise, 10,3 % des ménages européens consacraient plus de 40 % de leurs revenus à leur frais de logements. Parmi les plus pauvres, 38 % sont dans cette situation.

Appauvrissement généralisé

Le logement devient aussi un facteur d’appauvrissement. 156 millions d’Européens sont considérés comme pauvres (c’est-à-dire avec des revenus inférieurs à 60 % du revenu médian) si on prend en compte les coûts du logement, contre 85 millions sans cette variable.

Autre signe de l’enracinement de la crise, le nombre de sans domicile dans l’UE a augmenté de 70 % en dix ans, pour atteindre 700 000 personnes en 2018, selon la Fédération européenne des organisations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsea).

« Pression urbaine »

Comment en est-on arrivé là ? « La première raison à ce manque de logements abordables est la pression urbaine. Les villes, en tant que centres de croissance économique, continuent d’attirer de plus en plus de travailleurs (qualifiés). En retour, les prix des logements dans les zones urbaines (qui sont déjà élevés) augmentent, souvent plus rapidement que le revenu disponible des ménages, alimentant le problème », notait en 2019 un rapport de l’ Observatoire de la construction en Europe, qui dépend de la Commission.

Le phénomène a été accentué avec 2008. « Après la crise des subprimes, l’UE a mis le paquet sur la reconstruction du tissu économique dans les grandes métropoles. Ça a accru les migrations de travail alors que, dans le même temps, l’investissement dans le logement social y était en baisse », souligne Laurent Ghekiere.

Déficit d’investissement public

« Depuis une vingtaine d’années, on assiste à une baisse des dépenses publiques pour la construction de logements », confirme Sarah Coupechoux, responsable Europe à la Fondation Abbé-Pierre (FAP). En 2017, elles ne représentaient que 0,66 % du PIB européen, selon le Conseil de l’Europe. Le déficit d’investissement dans le logement abordable a été estimé, en 2018, à au moins 57 milliards d’euros dans un rapport de la Commission.

« Il y a eu un basculement général de l’investissement dans la construction vers le versement d’aides directs aux ménages. Cela s’explique, en partie, par les règles européennes en matière d’aide publique et de concurrence, puisque les subventions à la personne ne sont pas comptées comme des aides à un secteur d’activité. Mais c’est d’abord un choix politique local », souligne Sorcha Edwards, secrétaire générale d’Housing Europe.

Le désengagement du logement public s’est accéléré avec la crise de 2008. « À ce moment-là, sauf en France où le système repose sur la Caisse des dépôts, les banques se sont retirées du secteur. Les organismes ne pouvaient plus construire et certains, comme en Espagne, ont même mis la clé sous la porte », explique Laurent Ghekiere.

« Produits de prédilection »

En parallèle de la baisse de l’investissement public, on a assisté depuis les années 1990 à une financiarisation du secteur. Banques, fonds d’investissement ou encore compagnies d’assurances ont racheté des immeubles, voire des quartiers, pour en faire une rente, augmentant les prix et chassant les habitants.

« Les logements et les immeubles à usage commercial sont devenus les “produits de prédilection” des entreprises et des fonds financiers, qui s’emparent de ces biens dans de nombreuses villes à un rythme affolant », indiquait déjà en 2017 Leilani Farha, à l’époque rapporteuse spéciale sur le droit au logement à l’ ONU.

Objets de spéculation

Spécialiste de la question, elle décrit comment ces investisseurs privés les transforment en complexe de luxe, qu’ils préfèrent parfois laisser vides pour en préserver la valeur, ou se contentent d’extorquer les habitants sans mettre un centime dans la réhabilitation.

On a, par exemple, vu en 2004 une société de capital-investissement américaine devenir le plus grand propriétaire immobilier à Berlin, avec le rachat de 65 000 logements d’un coup ! Ces lots deviennent des objets de spéculation entre acteurs de la finance, placés en Bourse et revendus à des actionnaires multiples, sans aucun lien avec les préoccupations des habitants.

Des millions d’évictions

Pourtant causée par cette financiarisation outrancière de l’immobilier, la crise des subprimes a encore aggravé la situation. Face à la faillite de petits propriétaires et de bailleurs incapables de rembourser leurs dettes, les banques européennes ont massivement revendu à ces acteurs financiers internationaux, entraînant des millions d’évictions.

Dans beaucoup de pays, des pans entiers de logements publics qui avaient été préservés ont été livrés au marché par les collectivités et les États, sous la pression des règles budgétaires de l’UE.

« Ces vingt dernières années, il a souvent été présumé que le marché, laissé à lui-même, serait en mesure de répondre aux besoins des personnes en matière de logement. S’il y a une chose que cette épidémie a clairement montrée, c’est que le marché crée de fortes inégalités et qu’il ne peut pas, à lui seul, satisfaire le droit fondamental à un logement décent », souligne Pedro Nuno Santos, ministre portugais des Infrastructures et du Logement.

Situation explosive

Loin de mettre fin à la financiarisation, la crise du Covid pourrait l’avoir accrue. « La hausse des prix du logement n’est pas du tout impactée par le virus, souligne Kim van Sparrentak, députée des Verts néerlandais et auteure d’un récent rapport sur le logement voté par le Parlement européen. Aux Pays-Bas, ils avaient augmenté en février de 10 % par rapport à l’année dernière. La hausse la plus importante depuis vingt ans. »

De l’autre côté de la balance, la crise, en faisant croître le chômage et baisser les revenus, a fragilisé les locataires européens. En Italie, le nombre de locataires du privé ayant des retards de paiement de loyers est passé, en un an, de 10 % à 24 %.

Lire aussi : Rapport de la Fondation Abbé-Pierre. La « bombe à retardement » des impayés de loyers

La situation est tellement explosive que la question de la régulation est devenue un peu moins taboue. « L’Union européenne devrait poser des limites au marché. Cette idée n’est plus aussi inacceptable qu’avant. Elle fait son chemin à partir du terrain avec des initiatives de villes sur la régulation des prix, la lutte contre Airbnb ou la transformation de bureaux en logements », souligne Sarah Coupechoux.

Des stratégies de résistance

À Berlin, après un premier référendum en janvier 2020 limitant les loyers à 9,80 euros du mètre carré, les habitants veulent désormais contraindre la municipalité à acquérir les biens de toutes les sociétés détenant plus de 3 000 logements, pour lutter contre la spéculation immobilière.

En France, l’encadrement des loyers, désormais adopté par 36 villes, est un premier pas timide vers plus de régulation. À Barcelone, c’est la réquisition des logements vides qui se met en place.

Lire aussi : 3,9 millions de mal-logés en France : pourquoi le gouvernement n'utilise-t-il pas la loi sur les réquisitions ?

En première ligne, les villes tentent d’élaborer des stratégies de résistance pour reconquérir le droit au logement pour leurs habitants. Une fragile lueur d’espoir dans le sombre tableau du logement européen.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Pages

Service Public du logement

j-aime-HLM-SP.jpg

 

Soyons connectés !!!

Inscrivez-vous.jpgPour être informé chaque fois qu'un article est mis sur le blog,
inscrivez vous ci dessous en indiquant votre adresse émail.

Histoire des structures de la CGT

Voir la vidiéo en cliquant sur le lien suivant : link

structures-CGT.JPG