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Fier.e.s de travailler pour le service public du logement

 

 

31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 10:20

Entre des élus qui ne veulent pas passer pour des maires bétonneurs et la crise sanitaire, la construction neuve s’effondre dans la région. Les promoteurs tirent la sonnette d’alarme.

La fédération des promoteurs immobiliers d'Ile-de-France met en garde contre la chute sévère du nombre de logements construits due à la baisse de délivrance des permis de construire. LP/Sébastien Thomas

Par Sébastien Thomas 

Si vous souhaitez un logement neuf en Ile-de-France, armez-vous de patience et attendez-vous à une vive concurrence tant la production est faible. Un chiffre pour le comprendre : 6 000 d’entre eux ont été vendus au premier trimestre 2021, soit le volume le plus bas depuis 2015. Mais le pire est à venir.

Seulement 3 100 appartements ont été mis en chantier au premier trimestre 2021 soit le niveau de… 2 008. Cela représente 1 400 lancements de moins qu’au dernier trimestre 2020 et 3 300 de moins par rapport au 1er trimestre 2019. Une véritable bombe à retardement, selon la fédération des promoteurs immobiliers (FPI) IDF.

Marc Villand, le président de la FPI IDF n’a pas sa langue dans sa poche. Et il n’hésite pas à monter au front pour désigner les responsables de cette situation. « La période est extrêmement préoccupante et nous sommes face à un immobilisme effrayant, regrette-t-il. Nous ne pouvons plus répondre aux besoins des Franciliens en matière de logements tant la délivrance des permis de construire est à l’arrêt. Il faut arrêter de prendre les promoteurs pour des boucs émissaires. Nous sommes là pour aider les gens à se loger, pas pour défigurer la ville. »

Car le secteur souffre depuis près de deux ans. Traditionnellement, une année avant les échéances électorales, les mairies suspendent les projets pour ne pas donner le sentiment aux habitants de « bétonner » la ville. « Le promoteur devient le grand méchant loup à chaque élection, c’est un peu pénible, souligne-t-il. D’autant plus que ça ne correspond pas à la réalité : il y a une très forte tension immobilière en IDF et moins l’on construira, plus les logements seront rares et plus les prix seront élevés ».



Résultat : en 2019, environ 131 000 logements neufs ont été vendus contre 100 000 en 2020, soit le chiffre de vente de l’année 2015. « C’est un véritable retour en arrière, tonne Marc Villand. Et une hérésie totale quand on connaît la demande. » Il y a encore trois ans, un programme se vendait ainsi en 12 mois contre 9 aujourd’hui. Et le délai risque encore de se raccourcir. Par ailleurs, la crise sanitaire a joué un rôle dans l’appauvrissement de l’offre à cause des nombreux retards que cette situation a engendré.

Des difficultés que Loïc Madeline, directeur général délégué à la Sogeprom, une filiale de la Société Générale, connaît bien. « Nous subissons, depuis deux ans, une baisse de 10 % à 15 % de constructions neuves, lâche-t-il. L’impact est immédiat. En principe, nous lançons 5 à 6 chantiers lors du premier semestre, mais depuis 2020, ce chiffre est divisé par deux car nous devons repousser nos projets, faute de permis de construire. »

Le promoteur comprend bien que la crise sanitaire a compliqué la tâche. « Aujourd’hui, les maires ont d’autres préoccupations, je le conçois mais les chantiers qui ne sont pas lancés aujourd’hui sont les logements qui ne seront pas livrés demain, alerte-t-il. Et le risque, c’est que la région perde son attractivité, notamment pour les couples avec enfants, au profit d’autres métropoles régionales comme Nantes (Loire-Atlantique) ou Rennes (Ille-et-Vilaine) qui ont beaucoup mieux géré cette question que la métropole du Grand Paris. »



Loïc Madeline touche un point important : l’absence de cohérence et de gouvernance en Ile-de-France sur la question du logement. « Il n’y a quasiment plus de grandes opérations d’aménagement alors qu’il existe encore des friches industrielles, soutient-il. Le futur métro du Grand Paris Express devrait être une formidable opportunité mais les élus semblent hésitants à en profiter. »

C’est pourquoi le président de la FPI IDF en appelle aujourd’hui au gouvernement. « L’Etat fixe un objectif de construction mais ne nous donne pas les moyens de les réaliser, regrette-t-il. Le préfet doit intervenir auprès des maires pour inverser la tendance sinon la tension immobilière risque de devenir infernale. » Paris est ainsi pointé du doigt. « La municipalité annonce une baisse de densité de 35 % par rapport à ce qui était prévu dans le plan local d’urbanisme, ce n’est pas un bon signal pour une capitale », martèle-t-il.

Parmi les autres obstacles à la construction, sont également citées des réglementations toujours plus contraignantes, « alors que nous avons déjà l’une des plus drastiques au monde », ainsi que des recours toujours plus nombreux, « souvent pour de l’argent ». L’Ile-de-France n’est d’ailleurs pas la seule région concernée puisque, dans l’Hexagone, la délivrance de permis de construire a baissé de près de 25 % en 2020.

Preuve d’un certain malaise sur le sujet, aucun élu, au sein de l’association des maires d’Ile-de-France (Amif), n’a souhaité s’exprimer malgré de multiples relances.

Le logement social, première victime du manque de construction

Ce sont les foyers les plus fragiles qui vont être impactés en premier par la baisse alarmante de la construction neuve à travers les logements sociaux. Deux chiffres permettent de comprendre rapidement l’étendue du problème : 1 Francilien sur 4 est locataire d’un logement social et, sur 745 000 demandes actives en 2020, seulement 60 930 appartements ont pu être attribués, soit à peine 8 %.

En 2020, à peine 20 000 logements sociaux ont été produits, soit l’équivalent de l’année 2006, alors que l’Etat a fixé l’objectif à… 37 000 par an. « Le problème c’est qu’il n’y a aucun suivi derrière, déplore Jean-Luc Vidon, président de l’association régionale HLM Ile-de-France (Aorif). Il n’y a pas non plus de politique cohérente à l’échelle de la région ce qui permettrait d’impulser un véritable dynamisme. »

Et la situation ne risque pas de s’arranger. « Avec la raréfaction du foncier, les bailleurs sociaux se retrouvent en concurrence avec les opérateurs privés, analyse-t-il. Ajouter la hausse des coûts de construction, la baisse de nos ressources et la chute de délivrance des permis de construire, et vous obtenez une situation catastrophique. »

« Il faut mobiliser la métropole du Grand Paris pour lancer des chantiers »

S’il reconnaît que la loi SRU, qui impose 25 % de logements sociaux dans les communes, a bien aidé à leur développement, il souligne aujourd’hui que ce n’est plus suffisant. « Il faut absolument mobiliser les communautés d’agglomération ou encore la métropole du Grand Paris pour lancer des chantiers, notamment autour des gares du supermétro, insiste Jean-Luc Vidon. Cela doit être fait maintenant car il faut 4 à 5 ans voire davantage pour livrer les logements. »

Le patron de l’Aorif compte donc beaucoup sur les dernières annonces d’Emmanuelle Wargon, la ministre du Logement, qui promet la construction de 250 000 logements sociaux en 2021 et 2022 dont 90 000 très sociaux.

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