« Pas d’expulsion sans relogement ! », scande la petite foule rassemblée devant la mairie de Montreuil, à quelques minutes du conseil municipal. Aux fenêtres du bâtiment, certains élus observent discrètement la scène. Face au silence de la mairie, après ses demandes de relogement, Fahima, mère de Walid – en situation de handicap mental – a décidé de prendre les choses en main. La mère de famille, aidante, a tenté le tout pour le tout en réunissant ses soutiens devant la mairie pour plaider sa cause.

Une mère aidante et son fils atteint d’autisme condamnés à vivre dans un squat

À 58 ans, malgré la menace d’expulsion qui pèse sur elle et son fils depuis 2018, Fahima reste combative devant la mairie de sa ville. L’auxiliaire de vie de formation qui s’occupe seule de son fils de 36 ans, atteint d’autisme, n’a toujours pas de solution de relogement. Un logement social et adapté qu’elle espère surtout pour son fil Walid, incapable de vivre sans son assistance quotidienne. “J’ai pas envie que Walid se retrouve seul dans la rue, à parler seul”, s’inquiète la mère de famille, désormais au RSA, qui a du arrêter de travailler pour s’occuper de son fils, faute de solution adaptée.

Ils voulaient m’expulser pendant la trêve hivernale.

« La mairie, sans chercher le pourquoi du comment, a directement saisi la justice et lancé une procédure juridique, une semaine après mon arrivée », explique Fahima. « Ils voulaient m’expulser pendant la trêve hivernale », affirme-t-elle. Face à la pression et aux menaces d’expulsion, l’auxiliaire de vie vient d’adresser une demande à la Préfecture de Seine-Saint-Denis, pour “pour sortir dignement de la maison”.

Au sein de la bâtisse située au 18 de l’Ermitage, une petite dizaine d’individus, notamment des mineurs non-accompagnés, occupaient les lieux, désormais habités uniquement par Fahima et son fils. Une résidence qui est devenue propriété de la mairie de Montreuil en 1984.

Près de 40 ans plus tard, changement de maire, changement de ton, mais aucune solution trouvée pour les résidents du lieu en situation de précarité comme Fahima. La municipalité, dirigée par Patrice Bessac (PCF), a mis en vente la maison de l’Ermitage. Pour la mère de famille, cette situation est difficile à comprendre. « Ils veulent me virer mais pour l’instant personne n’a acheté cette maison. Il y a eu une offre, mais la mairie l’a refusée », avance Fahima.

Qu’est-ce qu’elle a fait de gauche notre municipalité ?

Si la position de la mairie paraît difficile à comprendre pour la principale concernée, elle l’est aussi pour les habitants du quartier. « C’est inadmissible, inacceptable. C’est une mairie de gauche en plus », scande Véronique* présente au rassemblement. Un argument qui revient beaucoup chez les Montreuillois. «Qu’est-ce qu’elle a fait de gauche notre municipalité quand-elle n’est même pas atteinte par une situation aussi précaire ? », s’égosille Nadia* dans le haut-parleur, au moment des discours.

Un soutien populaire à Fahima

Sur la quarantaine de personnes venues au rassemblement, pourtant communiquée la veille, beaucoup ne connaissaient pas Fahima. « C’est normal de venir en soutien », confie Sylvette, institutrice à Montreuil, qui a pris connaissance de l’événement via les réseaux sociaux. “C’est une situation qu’il ne faut pas laisser passer”, s’insurge Jacob.

Aidé par de nombreux soutiens, Fahima a réussi à faire imposer son sort à l’ordre du jour du conseil municipal qui se joue à quelques mètres, dans la mairie de Montreuil. À l’aide de Pierre Serne, conseiller municipal de l’opposition (EELV), la question est finalement abordée par les élus, alors que le rassemblement bat son plein. Mais alors que soutiens et famille attendaient une réponse claire, le conseil municipal préfère jouer la montre : un communiqué sera écrit par la mairie avant la fin du mois de juin pour statuer sur la question.

Un statuquo que redoutait Fahima, dans l’espoir d’un relogement. Alors que sa situation est plus qu’incertaine, Fahima promet de continuer à se battre pour elle et son fils. « Je ne veux pas aller de squat en squat. Il a besoin de soin. Ce n’est pas une vie pour lui .»

Sollicitée la mairie de Montreuil n’a pas donné suite à nos demandes d’interview.

*les prénoms ont été modifiés

Nolwenn Bihan