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3 août 2021 2 03 /08 /août /2021 21:44

L’interdiction de procéder à des expulsions pour loyer impayé a expiré aux Etats-Unis. Des millions de locataires américains risquent de se retrouver rapidement sans logement, alors que le variant Delta continue sa progression sur le territoire.

Une affiche contre l'expulsion des locataires indiquant « pas de travail, pas de loyer » est placardée sur un immeuble à Washington, DC le 9 août 2020. (Photo by Eric BARADAT / AFP)

Se dirige-t-on vers une crise majeure du logement aux États-Unis ? La question se pose sérieusement alors que des millions d’Américains en difficultés financières se trouvent menacés d’expulsion. Un moratoire qui protégeait les locataires en cas de loyers impayés a expiré dans la nuit du samedi 31 juillet au dimanche 1er août. Voulant éviter la panique sociale, le président Joe Biden a appelé l’ensemble des États à prendre des mesures de protection pour les locataires « au moins pour les deux prochains mois ». Mais qu’en est-il pour après ? Le Parisien fait le point.

Que s’est-il passé ?

Décidée il y a près d’un an en pleine pandémie de Covid-19, la trêve des expulsions mise en place dans le pays a expiré, samedi à minuit. La Maison Blanche avait expliqué que les autorités sanitaires ne pouvaient plus, pour des raisons juridiques, prolonger encore ce moratoire. Elle a alors demandé aux parlementaires de légiférer en urgence. Un travail que les élus ne sont pas parvenus à remplir avant que la Chambre des représentants ne cesse ses travaux pour la pause estivale.

Le blocage a aussitôt suscité de nombreuses critiques dans le camp démocrate. La patronne de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi a appelé le chef de l’État à prolonger le moratoire, arguant qu’il s’agissait d’un « impératif moral ». De son côté, la députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez a reproché à l’administration Biden d’avoir attendu le dernier moment pour demander au Congrès d’agir.

Dans la foulée, l’élue a insisté sur l’injustice qu’il y aurait à expulser des familles, alors que des milliards de dollars d’aides prévues par l’administration Biden pour régler au moins en partie le problème des loyers impayés n’ont pas été dépensés. « Nous ne pouvons pas expulser des gens de leur maison quand notre part du contrat n’a pas été remplie », a-t-elle fustigé sur CNN.

Quelles personnes menacées ?

Plus de 10 millions de personnes seraient en retard sur le paiement de leur loyer, a calculé le Center on Budget and Policy Priorities, un institut de recherche indépendant. Autre chiffre alarmant, 3,6 millions de locataires estiment qu’ils risquent de se faire expulser dans les deux mois, selon une étude réalisée auprès de 51 millions de locataires.

Sans surprise, les minorités restent les plus touchées par ce risque. « On compte beaucoup de femmes noires, avec ou sans enfant qui ont déjà eu du mal à payer leurs loyers, avant la crise sanitaire », souligne Nora Nafaa, doctorante spécialiste des politiques urbaines aux États-Unis. Dans son livre « Avis d’expulsion », prix Pulitzer de l’essai 2017, le sociologue Matthew Desmond montrait déjà en étudiant la seule ville de Milwaukee (Wisconsin) qu’une femme noire sur cinq connaîtrait une expulsion dans sa vie, contre une hispanique sur 12 et une blanche sur 15.

« Historiquement, un racisme systémique avait été mis en place dans le secteur du logement. Les minorités ont été maintenues dans un tel état de pauvreté qu’on retrouve encore aujourd’hui majoritairement des propriétaires blancs et des locataires noirs », complète Nora Nafaa. L’inquiétude se porte d’autant plus sur ces populations, qui restent les plus durement touchées par le Covid-19.

Dans quel contexte ?

La menace de ces expulsions massives s’inscrit dans une société où le marché du logement reste encore fragile. « Le secteur ne s’est pas encore bien stabilisé depuis la crise des subprimes en 2007-2008 », rappelle l’universitaire. S’ajoute à cela un démantèlement colossal du logement social depuis les années 1980. « La ville de New York, considérée comme le modèle à suivre, compte seulement 5 à 6 % de logements sociaux, quand Paris en compte 17 % et Amsterdam, 52 % », souligne Nora Nafaa.

Autre constat, le redémarrage de l’économie américaine fait gonfler les prix : entre juin 2020 et juin 2021, le loyer médian aux États-Unis a grimpé de 8,1 %, selon le site immobilier Realtor. La crainte est désormais de voir surgir une bulle immobilière. « Certains observateurs jugent que la situation pourrait être pire que lors des subprimes car la crise touche cette fois aussi bien les propriétaires, qui ne perçoivent plus leurs loyers, les locataires qui pour certains ont perdu leur job avec le Covid, et l’État fédéral qui se porte garant lorsque les familles ne peuvent rembourser leurs prêts », analyse-t-elle.

Quels leviers possibles ?

En attendant une sortie de crise, plusieurs États progressistes à l’image de la Californie ou de New York ont pris des mesures protégeant leurs habitants jusqu’à la fin août. Et après ? « L’un des leviers pour l’État fédéral serait de réunir à nouveau le Congrès, de prolonger l’état d’urgence pour geler ces expulsions, soutient Nora Nafaa. Mais cette trêve était exceptionnelle. Beaucoup d’Américains voient désormais l’action fédérale comme une entrave à la liberté des États ».

Autre possibilité, la Maison blanche pourrait maintenir les aides ponctuelles prévues pour aider les plus démunis à payer en partie leurs loyers. Mais la tâche se révélera difficile sans plus de relais locaux, estime la chercheuse. La preuve : faute de logistique, seuls 3 milliards de dollars ont pour l’heure été distribués aux locataires…. sur une enveloppe de 46 milliards de dollars.

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