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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 17:01
Mercredi 8 Septembre 2021

Un référendum obtenu par les Berlinois pour la nationalisation des géants de l’immobilier a lieu en même temps que l’élection du Bundestag. Sebastian Scheel, ministre du Logement du Land capitale, en livre les enjeux.

 

SEBASTIAN SCHEELMinistre du Logement (Die Linke) du Land de Berlin

Sebastian ScheelMinistre du Logement (Die Linke) du Land de Berlin

Berlin est, depuis plusieurs années, le lieu d’une mobilisation citoyenne contre l’explosion du prix des loyers. Une loi organisant un plafonnement des factures réglées par les locataires a été instaurée en 2019 sous l’égide du gouvernement progressiste du Land (SPD/Verts/Die Linke) capitale. Sebastian Scheel, devenu ministre du Logement de la cité-État, en fut le maître d’œuvre politique. Malgré un arrêt de la Cour constitutionnelle annulant cette loi au début de cette année, la Bürgerinitiative (Initiative citoyenne) ne s’en est pas laissé conter et a obtenu un référendum d’initiative populaire (Volksentscheid) pour « l’expropriation de Deutsche Wohnen (l’habitat allemand) et compagnie » dont la date a été fixée au 26 septembre, simultanément à l’élection du Bundestag. Le parti Die Linke s’y est pleinement investi. Sebastian Scheel répond à nos questions.

À quoi répondaient les mesures de plafonnement des loyers que vous aviez mises en œuvre à Berlin ?

Sebastian Scheel On assistait depuis des années à une explosion des prix des loyers. Car le logement a été très largement laissé aux mains du marché. Les prix ont tellement augmenté qu’il n’est plus devenu possible de se loger en ville. Toutes les grandes agglomérations sont livrées aux mêmes appétits des détenteurs du capital immobilier, comme en Europe, à Paris ou à Londres, mais aussi dans le monde, à New York, par exemple. Dans chacun de ces endroits, les citoyens, les locataires ont commencé à agir, à lutter. C’est dans ce mouvement que se sont situées les mesures de plafonnement mises en place fin 2019 par le gouvernement de gauche berlinois (SPD/Verts/Die Linke).

Ces décisions ont été très positivement ressenties par les habitants du Land (la cité-État – NDLR) de Berlin. Les locataires ont remarqué une vraie différence. Ils ont constaté que la politique pouvait contrer le marché. Des règles ont été introduites avec des sanctions fortes pour les sociétés propriétaires contrevenantes qui continuaient de pratiquer des loyers trop élevés.

Quels ont été les montants concrets de réduction des loyers pour les Berlinois ?

Sebastian Scheel Cela dépend naturellement de la taille du logement et du montant antérieur du loyer. Les réductions ont pu atteindre jusqu’à un maximum de 1 000 euros. De nombreux loyers ont été divisés par deux. Il y a eu aussitôt une levée de boucliers. Mais il fallait agir. L’État se devait d’intervenir, de se constituer en intermédiaire capable de ne pas laisser le plus grand nombre face au bon vouloir des sociétés propriétaires en mal uniquement d’optimiser des profits pour les actionnaires. Quand payer son loyer signifie avoir le frigidaire vide, c’est toute une société qui a un problème.

Cette expérience n’a pu durer qu’environ un an…

Sebastian Scheel Oui, lancée fin 2019, elle a été brusquement interrompue en février 2020, par la Cour constitutionnelle, qui a décrété que le Land n’avait pas la compétence de décider d’un plafonnement des loyers. Son jugement répondait à une plainte déposée par les droites chrétienne- démocrate (CDU) et libérale (FDP) que l’AfD (extrême droite) a appuyée.

Est-ce que la population berlinoise vous soutient ?

Sebastian Scheel Aussitôt la décision de la Cour suprême connue, quelque 35 000 personnes ont manifesté pour dénoncer la fin des mesures de plafonnement. C’était très étonnant. Les gens auraient pu envoyer le gouvernement berlinois au diable pour avoir commis une erreur de gestion, comme le leur soufflaient la droite et une partie de la presse. C’est tout le contraire qui s’est produit. Ils sont descendus dans la rue pour dire : « On ne lâchera rien. » Nous voulons un plafonnement des loyers maintenant.

Après cela, Die Linke a-t-elle décidé de revendiquer un plafonnement au niveau fédéral ?

Sebastian Scheel Le bien-fondé d’un plafonnement des loyers n’est pas mis en cause par la Cour constitutionnelle. Celle-ci s’en tient à l’illégitimité de l’adoption d’une telle loi au niveau d’un Land comme Berlin. Nous revendiquons donc désormais que le Bundestag introduise le plafonnement des loyers au niveau fédéral ou décrète une clause ouvrant aux Länder la possibilité d’y recourir.

De leur côté, les citoyens berlinois ont relancé leur bataille pour obtenir un référendum sur l’expropriation des grandes sociétés immobilières.

Sebastian Scheel Le recours au référendum avait été actionné dès 2018 par la Bürgerinitiative pour l’expropriation des grandes sociétés immobilières. À la suite de l’arrêt de la Cour suprême, elle a décidé d’accélérer la collecte de signatures pour obtenir in fine la convocation d’un référendum pour ce 26 septembre. Die Linke est le seul parti à y avoir pleinement participé.

Il faut bien comprendre l’interaction depuis le début entre ce mouvement et notre intervention au plan politique. Il n’y aurait pas eu de plafonnement des loyers s’il n’y avait pas eu une telle action citoyenne. C’est elle qui a rendu toutes les audaces politiques possibles. La question de la nationalisation de ces Konzerne (groupes mastodontes) de l’immobilier est totalement légitime. Il faut réorienter complètement leur gestion dans le sens du bien commun pour satisfaire l’intérêt des Berlinois.

Avez-vous été vous-même surpris par le succès de cette initiative citoyenne ?

Sebastian Scheel J’avais confiance. Car ces citoyens sont déterminés et très bien organisés. La nationalisation est la solution. Nous avons aujourd’hui trop peu de logements dans le domaine public.

Quelle place prend dans le débat public ce référendum simultané à l’élection du Bundestag et du Parlement de Berlin ?

Sebastian Scheel À Berlin, cette question domine tout le débat public. Dans le reste de l’Allemagne, c’est moins évident. Toutefois, nous observons qu’elle s’impose aussi dans les grandes agglomérations où les loyers explosent, comme à Munich, Leipzig, Francfort, etc.

Êtes-vous optimiste quant à l’issue du référendum ?

Sebastian Scheel Le débat est très rude, très polarisé. D’après les enquêtes d’opinion, il y aurait une légère majorité de 47 % en faveur de la nationalisation, 43 % seraient contre, les autres sont indécis. Mais, si la réponse est positive, la question décisive appartiendra au futur gouvernement berlinois, qui pourra ou non répondre positivement au souhait exprimé par les Berlinois.

Le gouvernement de gauche sortant peut-il être reconduit ?

Sebastian Scheel Oui, mais tout est possible. Nous avons ici à Berlin quatre partis qui dominent la scène politique : SPD, CDU, Verts et Die Linke. Ils se situent entre 15 et 25 % des voix. Une alliance à trois paraît donc incontournable. Le SPD, s’il est en tête, sera-t-il enclin à poursuivre l’actuelle coalition progressiste avec les Verts et Die Linke, ou optera-t-il pour une alliance avec les libéraux ou (et) la CDU ? C’est malheureusement ouvert. Mais, quels que soient le rapport de forces et la décision prise au final, une chose est claire à mes yeux : on ne peut plus laisser la main au marché libre, à la dérégulation telle que l’organise le néolibéralisme. Le logement n’est pas une marchandise.

Logement. Le gros écho du référendum berlinois
Mercredi 8 Septembre 2021

Juin 2021, Berlin. Mobilisation de l’initiative citoyenne en faveur de la tenue du référendum qui a réuni 350 000 signatures. Christophe Gateau/dpa/Zuma Press

Le succès du oui à la nationalisation des sociétés immobilières est tributaire de l’évolution des rapports de forces politiques. Et déborde bien au-delà de la capitale.

 

L’explosion du prix des loyers dans les grandes agglomérations allemandes hante la campagne des élections du Bundestag du 26 septembre. Le sujet était resté tabou. Les records du marché libre de l’immobilier, qui a doublé, voire triplé en dix ans le coût des logements dans le centre de Munich, Berlin, Francfort, Hambourg ou Leipzig, étaient présentés le plus souvent comme une sorte de calamité naturelle, même s’ils constituent une plaie ouverte dans la vie de millions de citoyens, déjà mal rémunérés, dont l’essentiel du salaire est aspiré désormais par le logement.Berlin a réussi à briser ce silence assourdissant. Les habitants de la capitale se sont mobilisés et ont réussi en effet à arracher la convocation d’un référendum d’initiative citoyenne qui pose la question de la nationalisation des requins de l’immobilier.

Le référendum a lieu à Berlin en même temps que deux autres scrutins : les élections pour le renouvellement du Bundestag et du Parlement du Land de la cité-État. Une conjonction qui a finalement propulsé le logement au sommet des débats électoraux au moins dans la capitale.

L’initiative citoyenne  Deutsche Wohnen & Co. enteignen, demandant l’expropriation des géants du secteur qui trustent les logements berlinois, a obtenu près de 350 000 signatures en juin. Bien au-dessus du seuil légal nécessaire de 170 000 paraphes (voir notre édition du 28 juin).

L’émergence du mouvement illustre l’intensité du choc qui oppose les intérêts des locataires berlinois à ceux du capital. Deutsche Wohnen, la plus grosse société immobilière, qui possède quelque 110 000 logements berlinois, est en bonne partie contrôlée par le géant de Wall Street, BlackRock. Tout ce que la cité-État compte d’associations progressistes, de syndicats, de défenseurs des droits et de l’environnement a adhéré à l’initiative citoyenne.

Monter le combat d’un cran

Face à l’annulation, au début de l’année, par la Cour suprême, des mesures de plafonnement des loyers décidées par le gouvernement de gauche (SPD/Verts/Die Linke) et son ministre du Logement, Sebastian Scheel (lire notre entretien), les citoyens ont décidé de monter encore d’un cran le niveau du combat en accélérant la collecte des signatures pour le référendum, et ce en dépit des conditions peu propices créées par la pandémie de Covid-19 et par le confinement qui compliquaient si singulièrement l’organisation de vastes porte-à-porte.

L’affaire donne de la fièvre aux milieux d’affaires, mais aussi aux responsables politiques locaux et nationaux. Si un oui à la nationalisation, plutôt bien engagé selon les sondages, s’impose, la course d’obstacles ne sera pas pour autant terminée. Constitutionnellement, la mise en œuvre du choix formulé par un référendum d’initiative citoyenne est laissée en effet au gouvernement du Land, qui peut légalement s’en inspirer… ou non.

Le maintien d’un gouvernement de gauche avec le SPD, Die Linke et les Verts est donc indispensable. Une autre combinaison entre les droites libérales (CDU/FDP) avec le SPD ou les Verts barrerait la route à l’expropriation des mastodontes du secteur. L’enjeu déborde donc largement sur le terrain politique. Et dépasse le périmètre de la cité-État. Le score de Die Linke dans la capitale, le seul parti à se prononcer ouvertement en faveur de la nationalisation, sera observé à la loupe. L’issue des scrutins devrait également signaler si écologistes et sociaux-démocrates berlinois confirment ou non la propension de leurs candidats, Are Olaf Scholz and Annalena Baerbock, à la chancellerie à laisser glisser vers la droite leur formation respective.

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