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Fier.e.s de travailler pour le service public du logement

 

 

22 janvier 2022 6 22 /01 /janvier /2022 15:14

De la rue des Bourdonnais à Paris à sa dernière maison d’Alfortville (Val-de-Marne), nous nous sommes rendus dans les lieux où a vécu le célèbre prêtre qui prônait «l’insurrection de la bonté». Une décennie et demie après son décès, on y épaule inlassablement des mal-logés, que le Covid-19 a un peu plus éreintés.

 
La mission de l'abbé Pierre, décédé le 22 janvier 2007, est toujours d'actualité, alors que le mal-logement menace encore de nombreux Français en 2022. (Illustration) LP/Olivier Arandel

La mission de l'abbé Pierre, décédé le 22 janvier 2007, est toujours d'actualité, alors que le mal-logement menace encore de nombreux Français en 2022. (Illustration) LP/Olivier Arandel 

« Macron avait dit qu’il n’y aurait plus de SDF. Il y en a de plus en plus, parfois d’à peine 20 ans. » Rodolphe s’y connaît en matière de rue. Huit ans qu’il y vit, à Paris, surtout, après un passage par Dieppe (Seine-Maritime). Les 35 km par jour qu’il a longtemps parcourus à pied avec son gros sac à dos lui ont laminé une épaule. Cet homme de 52 ans est là, comme tous les matins, au 32, rue des Bourdonnais, à deux pas de la Samaritaine, un des temples parisiens du luxe.

L’abbé Pierre avait acquis cette adresse en 1954 avec les fonds reçus après son retentissant appel, le 1er février de cette année-là, en faveur des mal-logés. Au cœur d’un hiver glacial et meurtrier pour les plus démunis, il avait décrété « l’insurrection de la bonté » pour leur venir en aide. Il a vécu dans l’immeuble quelques années, comme l’indique une plaque sur la façade. Sa petite chambre est devenue un bureau des ressources humaines d’Emmaüs Solidarité, l’une des principales associations du groupe caritatif, qui perpétue l’œuvre de l’homme d’Église décédé il y a tout juste quinze ans, le 22 janvier 2007. C’est aussi l’un des principaux accueils de jour de la ville de Paris, avec ses 300 passages quotidiens, pour une douche, un café, un rendez-vous avec un représentant de l’Assurance maladie ou un atelier théâtre.

L'abbé Pierre a acquis l'immeuble du 32, rue des Bourdonnais (Paris, Ier), siège de l'association Emmaüs Solidarité, grâce aux fonds collectés avec son appel du 1er février 1954.
L'abbé Pierre a acquis l'immeuble du 32, rue des Bourdonnais (Paris, Ier), siège de l'association Emmaüs Solidarité, grâce aux fonds collectés avec son appel du 1er février 1954. LP/Olivier Arandel

« Ici, on trouve du réconfort »

« Avec mon assistance sociale, je fais les démarches pour sortir de la rue », explique Rodolphe, ancien maçon, agent de sécurité et chauffeur livreur, qui a « tout perdu d’un coup », quand son ex-compagne l’a mis à la porte. « Ici, on trouve du réconfort, les gens sont accueillants, décrit-il. Ça m’a aussi permis de vivre la période du Covid de manière pas trop compliquée. » Malgré la crise sanitaire, le site est toujours resté ouvert. Dans la grande pièce, des joueurs d’échecs s’affrontent, des sans-abri grappillent du sommeil en retard sur des bancs. On croise aussi quelques migrants. Ici, l’accueil est « inconditionnel », l’un des grands préceptes du fondateur.

À l’étage inférieur, on rencontre Linda (le prénom a été changé), dans un canapé. Dans l’espace qui leur est dédié, aux murs rose pâle et à la décoration soignée, les femmes peuvent recevoir des soins de beauté ou tout simplement se détendre, profiter aussi du distributeur de protections hygiéniques gratuites. Linda « suit depuis le début » l’abbé Pierre, dont elle est « allée à l’enterrement à Esteville (Seine-Maritime) » et continue de passer quotidiennement, alors qu’elle a enfin pu trouver un hébergement pérenne.



« Je viens ici pour les choses qui permettent de se relaxer, et pour garder le contact avec les personnes qui m’ont aidée, explique-t-elle. J’ai bien connu l’abbé et son travail est respecté, rien n’a changé. » La société, elle, si, selon cette femme : « La situation de l’hébergement d’urgence s’est améliorée en quinze ans, avec beaucoup plus de centres d’accueil et de suivi. Mais le regard sur les SDF s’est dégradé : certains passent à côté sans aucune considération, d’autres proposent d’appeler le 115 (le numéro d’urgence du Samu social), mais jamais un moment au chaud ou une douche. »

« L’État fait des efforts »

Bruno Morel, le directeur général d’Emmaüs Solidarité, appuie : « Quand l’abbé était encore là, certaines situations paraissaient inacceptables, par exemple les familles dans la rue. Aujourd’hui, les gens n’ont parfois même plus un regard pour elles. Et en même temps, l’État fait des efforts. Il y avait 80 000 places d’hébergement d’urgence en 2012 et il y en a 200 000 actuellement. »

Bruno Morel, directeur général d'Emmaüs Solidarité, ici ce mardi 18 janvier, constate une baisse de la solidarité des Français envers les personnes à la rue.
Bruno Morel, directeur général d'Emmaüs Solidarité, ici ce mardi 18 janvier, constate une baisse de la solidarité des Français envers les personnes à la rue. LP/Olivier Arandel

« On est fortement aidés par l’État, par la région et les collectivités, mais les choses ne se font pas en un claquement de doigts. L’ingénierie est en place, il faut densifier, massifier, et donner du temps. Ce qu’on reproche, c’est le phénomène de stop and go », commente, à 10 km de là, Thierry Debrand, le directeur général de Freha.

Son association chapeaute le parc d’habitat « très social » affilié au mouvement Emmaüs. À Alfortville (Val-de-Marne), elle gère les 18 studios de 20 à 25 m2 créés dans la dernière demeure du célèbre prêtre. Des logements qui ne coûtent que 50 à 150 euros à leurs occupants, charges comprises, une fois les APL déduites. La chambre de l’abbé Pierre est devenue le bureau des hôtes, les travailleurs sociaux qui veillent au bon fonctionnement de cette pension.

La dernière maison de l'abbé Pierre, au 180 bis rue Paul-Vaillant Couturier, à Alfortville, a été transformée en une pension de famille.
La dernière maison de l'abbé Pierre, au 180 bis rue Paul-Vaillant Couturier, à Alfortville, a été transformée en une pension de famille. LP/Olivier Arandel

« Je m’y sens bien »

Il y a son lot de problèmes, comme le pointe Jean-Marie, des faux airs de Patrick Sébastien et la dent dure, qui vit ici depuis trois ans et dresse un inventaire à la Prévert des défauts de son logement (insonorisation, plaque défaillante, machines à laver collectives inaccessibles la nuit). Il conclut : « J’ai vécu dans une usine désaffectée, j’avais 10 000 m2 pour moi, je faisais du roller la nuit, j’étais mieux qu’ici. » Un sentiment que ne partagent pas Valérie et Youcef, locataires depuis l’ouverture en 2013.

Valérie vit avec son chien, son chat et son poisson dans un petit studio de la pension d'Alfortville. En plus de ce confort, elle y trouve aussi une aide administrative.
Valérie vit avec son chien, son chat et son poisson dans un petit studio de la pension d'Alfortville. En plus de ce confort, elle y trouve aussi une aide administrative. LP/Olivier Arandel

« Je suis arrivée ici par hasard, alors que je vivais dans une communauté Emmaüs, parce que j’avais trouvé un CDD. Je pensais que ce serait une transition, et puis je suis resté, je m’y sens bien », raconte cette femme aux yeux bleus de 58 ans. Elle vit avec son chien, son chat et son poisson dans un studio soigné. Une photo de l’ancien habitant des lieux est au mur, elle l’a conservée depuis ses funérailles à Notre-Dame de Paris.

Dehors, la situation l’inquiète : « J’ai vécu deux ans dans la rue, je sais ce que c’est, souffle-t-elle. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, c’est encore pire. Certains touchent le RSA mais sont dans la rue. Moi, si j’étais dans un logement lambda, après avoir perdu mon boulot, j’aurais dû retourner dans la rue. Et je ne sais pas me dépatouiller avec l’administratif… Ici, on m’aide pour ça. »

Des moments de bonheur en communauté

Youcef est arrivé une semaine avant sa voisine, « le 6 août 2013, une date gravée, parce que c’était [son] premier appartement, à 40 ans ». Il partage le constat que « beaucoup plus de gens sont en situation de précarité, perdent leur travail ou leur maison du jour au lendemain ». Mais il estime qu’on « trouve beaucoup d’aide en France » et là où il est hébergé. « Ça me plaît beaucoup, j’aime la vie en communauté, décrit-il. On se retrouve pour jouer à la pétanque ou des sorties comme au bowling. »

Dans la pension d'Alfortville, Youcef, ici ce mardi 18 janvier, aime les moments passés avec les autres personnes hébergées.
Dans la pension d'Alfortville, Youcef, ici ce mardi 18 janvier, aime les moments passés avec les autres personnes hébergées. LP/Olivier Arandel

Les photos scotchées au mur illustrent ces heures heureuses, plus rares depuis le Covid. Le canari d’une résidente décédée rappelle aussi que les drames ne sont pas toujours loin, dans un lieu qui accueille des personnes cabossées par la vie, et parfois par les addictions. « Sept sont mortes depuis que je suis ici. C’est dur, on s’attache », lâche Youcef, malgré tout bien décidé à continuer d’avancer. Son prochain objectif : « Retrouver un travail, n’importe lequel. »

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