Incompréhension du côté des habitants, qui ont manifesté leur colère et leur réprobation lors d’une réunion de locataires, jeudi soir, raconte le Parisien. A l’image de ces ajouts, au stylo-bille, sur l’un des tracts : «Bande de monstres», «C inhumain».


Au DAL aussi, association promouvant le droit au logement, la nouvelle a provoqué la colère. «On ferait le même texte pour les pigeons, a estimé Jean-Baptiste Eyrault, le président de l’association, interrogé par France Info. Un bailleur social se permet de traiter en quelque sorte des êtres humains comme des animaux et en plus, il menace les locataires de représailles si jamais ils font acte de solidarité.» 

Le maire UDI, William Delannoy, que Politis a tenté de joindre dans la matinée, s’est gardé de commenter la situation. «Le maire estime que [cette note] est de la responsabilité de Saint-Ouen Habitat Public, lui n’est que membre du conseil d’administration de cette structure», a indiqué au journaliste Michel Soudais, un membre de son cabinet. 

Finalement, le directeur de l’office HLM, Arnaud Bonnier, a rétropédalé vendredi après-midi, au micro de France Info, justifiant ces consignes par une préoccupation de sécurité : «On a été alertés à maintes reprises […] relativement à des nuisances et à des problèmes liés à des occupations de personnes de l’extérieur, liées aussi à la présence de trafic de stupéfiant sur cet ensemble immobilier qui nous ont conduit à prévenir les locataires et   [alerter leur] vigilance [sur ce] qu’ils doivent employer pour préserver leur cadre de vie», s’est-il justifié. Et d’insister : cette communication «a échappé à [son] contrôle et, au fond, ne reflète pas du tout la position des instances dirigeantes de l’office».

Ce n’est pas la première fois qu’une ville devient hostile aux SDF, rappelle Politis. En 2007, le maire UMP d’Argenteuil avait décidé qu’un produit répulsif à l’odeur nauséabonde serait utilisé pour éviter que les sans-abri ne restent autour d’un centre commercial du centre-ville.

Cet été, ce sont des habitants de Londres qui avaient été scandalisés par la mise en place de petits piques devant les entrées de certains bâtiments, dont on pouvait penser qu’ils avaient été installés pour éviter qu’un SDF ne se repose là. Le maire, Boris Johnson, avait d’ailleurs demandé à ce qu’ils soient retirés. 


En avril, c’est en Italie qu’un décret assez similaire à la demande de Saint-Ouen Habitat Public avait été pris. Le maire de Vérone, Favio Tosi, élu Ligue du Nord, avait décidé que toute personne donnant à manger aux SDF, dans le centre-ville,risquerait jusqu’à 500 euros d’amende, racontait alors Courrier International. Et aux Etats-Unis cet automne, c’est un homme de 90 ans qui a été arrêté à Miami(Floride) pour avoir organisé une distribution de nourriture à des SDF du centre-ville, pratique interdite par la mairie. 

Kim HULLOT-GUIOT